Histoire des ostensions

Les Ostensions de Saint Eloi à Chaptelat de 1883 à 2023 (Haute-Vienne) ([1])  

 

Les Ostensions Limousines

 

En Limousin, les Ostensions trouvent leur origine dans le Miracle des Ardents, à Limoges, il y a plus de 1000 ans. Lors d’une épidémie aux symptômes proches de la peste (ergotisme du seigle), les Limousins demandèrent la protection divine, par l’intercession de Saint Martial dont on sortit les reliques en procession. (Liturgiquement une Ostension.) L’épidémie cessa miraculeusement.

En souvenir de cet événement, tous les 7 ans, on reproduit ces processions avec les reliques des Saints Limousins, en de grandes fêtes traditionnelles et populaires.

2023 Année Ostensionnaire

Une vingtaine de villes organisent des Ostensions en Limousin, qui débutent par l’Ouverture des Ostensions à la basilique St Michel des Lions, à Limoges, basilique qui abrite les reliques de Saint Martial, 1er évêque de Limoges, et évangélisateur de l’Aquitaine, au IIIème siècle.

Ensuite, des Ostensions sont célébrées tout au long de l’année dans les autres villes, vénérant leurs saints locaux, dont Chaptelat, qui vénère Saint Eloi, né dans sa commune, en 588.  Elles auront lieu les 17 & 18 juin 2023.

Aujourd’hui, celles-ci ont permis l’inscription en 2013 des Ostensions limousines, dont celles de Chaptelat, sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco. C’est donc pour notre village une grande fête traditionnelle et populaire en l’honneur du bon Saint Eloi, dont la dernière eut lieu en 2016.

 

 1/. Le culte de Saint Eloi et ses premières ostensions à Chaptelat (1880-1953) 

A Chaptelat, en son pays natal, la vénération envers saint Eloi remonte à des temps immémoriaux, auprès de sa « Bonne fontaine » à Sourue ([2]) dont l’eau était reconnue guérir les convulsions des bébés et les coliques des chevaux ([3]).En 1846, avec l’arrivée d’un nouveau curé, l’abbé Rousseau, originaire du Nord de la France où saint Eloi est particulièrement vénéré, le culte de notre grand saint va prendre une nouvelle dimension à Chaptelat ([4]). Celui-ci aboutira, à partir de 1883, à une véritable « ostension de saint Eloi » ([5]), à la suite de l’obtention d’une relique – une dent – accordée par le Chapitre de la Cathédrale de Noyon où reposent les reliques du saint ([6]) Après la mort de l’abbé Rousseau en 1898, puis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, l’Ostension de Saint Eloi tombe en désuétude ([7]).

2/. La reconnaissance des Ostensions de Saint Eloi dans le cadre des Ostensions limousines (1953-1994) Après la Seconde Guerre Mondiale, le curé de Couzeix, l’abbé Beldio, avec l’appui de monsieur Charruyer, nouveau propriétaire du château de Sourue et confrère de Saint Martial, obtient de Monseigneur Rastouil l’inscription d’une ostension dédiée à saint Eloi et sa reconnaissance dans le cadre des Ostensions limousines.La première ostension ainsi reconnue a lieu en 1953, année de la renaissance de la vénération du peuple de Chaptelat à son saint ([8]).Par la suite et conformément à la tradition des Ostensions limousines, les Ostensions de Saint Eloi se succèdent tous les sept ans, avec des repères particuliers ([9]) ([10]). Ainsi :

  • 1981 sera l’occasion d’établir des contacts avec la confrérie des Marguilliers de Saint Eloi de Noyon (Oise) venue participer aux Ostensions de Limoges ([11]).1988, année du 1400 ème anniversaire de la naissance de Saint Eloi ([12]), accueille, outre les Confréries Limousines, de nombreux pèlerins de confréries Saint-Eloi venus de Noyon, de Béthune, de Belgique, d’Allemagne …

 Le projet de créer à Chaptelat une confrérie de Saint Eloi commence alors à prendre forme ([13]).Parallèlement d’autres repères, non ostensionnaires, préparent la création de la confrérie, dont deux plus particuliers : En 1990, le 24 juin, à Noyon, à l’occasion de la Saint Eloi d’Eté, les liens avec les Marguilliers de Saint Eloi se consolident ([14]). Et surtout, le même jour, est signée, en présence du Nonce apostolique en France, la Charte d’Eureloy destinée à fédérer les confréries de Saint Eloi d’Europe ([15]) ([16]).

3°/. Fondation de la Confrérie de Saint Eloi en Limousin et Ostensions 1994-2016En 1994, le 26 avril, a lieu, la fondation de la Confrérie de Saint Eloi en Limousin de Chaptelat ([17]), suivie, le 4 décembre 1994, en la fête de la Saint Eloi d’Hiver ([18]), de l’intronisation de 21 confrères et consoeurs. La confrérie de Saint Eloi en Limousin devient alors partie prenante des Ostensions limousines septennales ([19]). Elle envoie également des délégations aux fêtes de confréries extérieures au diocèse de Limoges ([20]) et aux réunions d’Eureloy ([21])Depuis, les Ostensions septennales de Saint Eloi, en lien avec les autres confréries limousines ([22]), constituent un événement populaire marquant qui rassemble jusqu’à 1.500 personnes selon les années : habitants de Chaptelat et des hameaux environnants, membres des confréries des saints limousins, …, pèlerins venus du reste de la France et d’Europe, désireux d’honorer ce grand homme, enfant du pays, qui fut orfèvre, homme d’état et évêque, avec une priorité au service du bien commun et des personnes dans le besoin. C’est à ce titre que, depuis 1974, l’Association touristique Saint Eloi de Chaptelat participe d’une façon active au Comité organisateur des Ostensions de Saint Eloi.Les ostensions de 2016 ont été les premières à être célébrées à la suite de l’inscription des Ostensions limousines sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’UNESCO, donnant ainsi à notre village, Chaptelat, une dimension supplémentaire en ce début du XXIè siècle

.4°/. La Confrérie de Saint Eloi en Limousin aujourd’hui – Les Ostensions de 2023Aujourd’hui la confrérie Saint Eloi en Limousin comprend une quarantaine de membres, hommes et femmes, son écharpe est formée d’une bande centrale violette (pour l’évêque) sur fond jaune or (pour l’orfèvre) et célèbre sa fête le 1er dimanche du mois de décembre au plus près de celle indiquée dans le calendrier liturgique (1er décembre). Comme déjà indiqué, elle fait partie d’Eureloy.

2023 : Année Ostensionnaire, donc : Les Ostensions de Saint Eloi de Chaptelat s’inscrivent dans le cadre des Ostensions Limousines, mais également dans le cadre des rencontres de la Fédération des Confréries de Saint Eloi d’Europe : Euréloy. C’est une occasion de rassembler des Confréries de Saint Eloi, venues de toute la France, des Pays Bas, de Belgique, d’Allemagne et d’Italie. Elles tiennent à ce moment une Assemblée Générale.

Enfin, la Confrérie de Saint-Eloi en Limousin  associe les Compagnons du Devoir du Tour de France  à l’Ostension de Chaptelat, Saint Eloi étant leur Saint Patron.  A cette occasion, les Compagnons Forgerons et les Compagnons Maréchaux-Ferrants réalisent un cadran solaire, qui sera offert à la Commune de Chaptelat. A l’instar de Saint Eloi, ils frappe également monnaie, une pièce commémorative, inspirée d’une pièce de Clotaire II.


([1])           Texte rédigé en vue de la venue de Mgr Pierre-Antoine BOZO à Chaptelat le vendredi 12 octobre 2018 dans le cadre de sa visite pastorale dans la paroisse Saint Eloi des Hauts de l’Aurence, un an après sa nomination à la tête du diocèse de Limoges (d’après la page internet Ostensions 2016 Chaptelat, elle-même rédigée d’après la note Le culte de Saint Eloi 1880 – 2015).

([2])           Sourue est située à la sortie Nord du village, en direction de Bonnac La Côte

([3])           Jusque dans les années 1950 (?) une personne semblait assurer la dévotion de saint Eloi auprès de la « bonne fontaine » en déposant de la part des parents une pièce de la layette du bébé concerné, ou de celle d’un agriculteur un fer à cheval pour un cheval malade, tout en accompagnant ses gestes d’une prière à saint Eloi. On voyait également des personnes venir prier le saint pour leurs malades, en particulier les enfants, se signer en trempant un petit vêtement de l’enfant, emporter de l’eau chez eux. Certains laissaient le vêtement en ex-voto.

([4])           D’importantes processions sillonnent alors le bourg de Chaptelat pour la fête de la Sainte Eloi d’Eté, le 25 Juin, fête célébrée à Noyon en l’honneur de la translation en l’an 1057 des reliques de Saint Eloi en la cathédrale de Noyon au terme sa construction.

([5])           Le parcours était très décoré, le cortège passait à la source Saint Eloi dans le parc du château de Sourue et pénétrait dans la cave voûtée de la maison et en ressortait par la salle à manger. La légende dit que c’est là qu’était la forge des grands parents de saint Eloi et que c’est de là qu’il lança son marteau qui retomba à l’endroit d’où est sortie la source que l’on connait aujourd’hui.

([6])           Après avoir obtenu du Chapitre de la Cathédrale de Noyon (Oise) une relique – une dent – du bon Saint, l’abbé Rousseau a fait faire un reliquaire précieux destiné à être enchâssé dans le buste en bois peint que nous lui connaissons aujourd’hui. La confrérie possède une photocopie de l’attestation officielle en latin de Mgr Désiré Joseph Dennel, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis, en date du 29 juillet 1883, accompagnée de sa traduction. Selon la base donnée « Mistral » du mobilier de l’église de Chaptelat, ce buste-reliquaire en bois coloré dû à un auteur inconnu daterait du 18è, 19è siècle .

([7])           Et ce malgré les efforts de Mademoiselle Palmyre, sa nièce. Une telle situation n’empêche pas madame de La Guéronnière, alors propriétaire du château de Sourue, de faire édifier une statue dédiée à Saint Eloi qui sera située au-dessus de la source ; cette statue est toujours en place aujourd’hui.

([8])           Les confrères de Saint Martial ouvrent le cortège avec leur chasse et les paroisses environnantes suivent avec leurs reliquaires. A Sourue, un podium avait été installé construit dans le terrain marécageux situé juste en aval de la source ; il s’est affaissé durant la cérémonie d’une trentaine de centimètres sans provoquer d’accident ! « Merci, saint Eloi ! ».

([9])           Comme pour tout évènement se répétant au cours des temps, on pourrait citer aussi bien des anecdotes que des évènements heureux ou malheureux : pluies particulièrement insistantes, état de santé du célébrant, décès, …, bref des évènements qui incarnent bien les ostensions dans notre humanité !

([10])         1960 verra la première participation remarquée des autres Confréries Limousines, renouvelée pour les ostensions suivantes.

([11])         « Les marguilliers de Saint-Eloi de Noyon (Oise) assument, pour la plupart, une responsabilité au service de l’Eglise : l’accompagnement des défunts au cimetière à la place du prêtre, la catéchèse de jeunes et des adolescents, la liturgie à la cathédrale, la préparation au baptême, les œuvres caritatives, et ceci pour répondre à l’engagement qu’Ils prennent le jour où ils sont intronisés marguillers par la question suivante : « Vous engagez-vous à promouvoir la dévotion à saint Eloi, à pratiquer ses vertus, en particulier la probité, la loyauté, la charité, et à maintenir les traditions ». (Abbé de Mauny, archiprêtre de Noyon, in Messe pontificale pour le rassemblement européen des confréries de Saint Eloi, Dimanche 24 juin 1990 – Cathédrale de Noyon).

                Il est intéressant de se rappeler que les premiers avec les Marguilliers de Saint-Eloi de Noyon remontent à 1980 (ou 1981) quand quelques-uns d’entre eux de passage en Limousin s’arrêtèrent à Chaptelat pour découvrir le pays natal de saint Eloi et déposèrent à cette occasion une rose et une carte de visite devant son reliquaire dans l’église !

([12])         A l’occasion de ce 1400è anniversaire de Saint Eloi, une mission avec les Oblats Immaculée de Marie de Solignac est organisée dans les villages pour préparer l’évènement.

([13])         En 1988, la participation des confréries limousines et de nombreux pèlerins venus de France et d’Europe devient significative de la place que prennent peu à peu les Ostensions de saint Eloi dans le « concert » des fêtes de nos saints limousins. Avec ce revers de la médaille de voir l’organisation logistique de l’évènement passer à une autre échelle que pour les ostensions précédentes (160 repas à servir cette année-là à la salle des fêtes de Chaptelat ! Ce qui conduira peu à peu les responsables des ostensions de saint Eloi à envisager la création d’une association.

([14])         A cette occasion, deux confrères de Saint Eloi seront intronisés marguilliers de Saint Eloi de Noyon ; d’autres suivront au fil des ans, dont les derniers en 2016.

([15])         Monsieur Charruyer représente Chaptelat.

([16])         En 1991, une exposition sur Saint Eloi se tient à Chaptelat, à l’occasion de la parution d’un fascicule édité par Mémoire du Canton de Nieul : « Saint Eloi, Enfant de Chaptelat et splendeur de son siècle ».

([17])         La création de la Confrérie de saint Eloi en Limousin rencontre quelques réticences pour des raisons diverses, dont la présence de femmes consoeurs. Monseigneur Soulié lèvera ces réticences. La réalisation de sa bannière estconfiée au Carmel du Dorat

([18])         La « saint Eloi d’hiver » – le 1er décembre – est celle du calendrier de l’Eglise catholique qui célèbre le jour de sa mort, c’est-à-dire, dans la perspective chrétienne, le jour de sa naissance au Ciel, soit le 1er décembre 660 à l’âge de 70 ans.

([19])         En même temps, la confrérie de saint Eloi en Limousin participe aux fêtes annuelles des confréries du diocèse de Limoges, fêtes qui sont désignées sous le nom de « Petites Ostensions ».

([20])         En France : Noyon dans l’Oise, Rognonas en Provence, … E  

([21])         Pour Eureloy : Namur en Belgique, ….

([22])         Par le biais de la Fédération des confréries limousines qui accueille depuis 2017 les comités ostensionnaires.

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